Le Langage du réel pour ne plus dire n’importe quoi !

Ce texte illustre quelques points du premier cours de la série Analyse Relationnelle, consacré à la Sémantique Générale. En effet, dans cette série nous avons créé et installé quatre cours :
– 1. La Sémantique Générale
– 2. L’Ecole de Palo Alto
– 3. Le Management Non-Dualiste (MND)
– 4. La sémantique et les études qualitatives

 La Nouvelle Culture, on le sait maintenant est un changement total sur les trois niveaux qui constituent la description d’un être humain, du plus général au plus précis : la pensée, le langage et les actions. Nous proposons des nouvelles approches pour chaque niveau et pour cela faisons appel aux découvertes de quelques génies du XXème siècle : Alfred KORZYBSKI pour la Sémantique Générale, Gregory BATESON et Paul WATZLAWICK (mais pas que) pour l’Ecole de Palo, Noam CHOMSKY pour les analyses sémantiques et linguistique (mais pas que non plus). Je citerai mes maîtres  à penser chaque fois que le sujet le demandera expressément. Je leur dois presque tout.

Nous consacrerons quelques articles aux rapports entre ces trois niveaux et tout particulièrement à la suite de chercheurs tels que Benjamin Lee WHORF, aux rapports entre langage et pensée. Avec le thème bien connu : qui influence qui ? Et : qui a engendré qui ? Autrement dit : parlons-nous en fonction de nos pensées, ou pensons-nous en fonction de notre  langage ? Vous vous en doutez : ce sera les deux mon colonel.

Le langage que nous utilisons tous les jours, et sans l’avoir perçu pour la plupart d’entre nous, est essentiellement composé de mots et d’expressions abstraites. Comme sait-on qu’un mot est abstrait ? Quand il désigne quelque chose qui ne se voit pas, ne peut se prendre d’aucune façon,  ne peut se photographier…etc. Et là comme ailleurs, il y a des degrés, des niveaux.  On peut dire qu’un langage est plus ou moins abstrait.

Par exemple si je dis que mon ami Gérard est timide, je suis au summum de l’abstraction. En effet je désigne Gérard comme une personne classée une fois pour toutes par le qualificatif de timide, comme si ce mot était compris de tous de la même façon, ce qui n’est pas le cas. Si je dis que mon ami Gérard est timide avec les femmes, je descends d’un cran vers plus de précision, vers ce que la Sémantique Générale (SG) appelle le Territoire. Si je dis qu’il est timide avec les femmes qui ressemblent à sa mère, je descends encore un cran…etc…etc. Pour la SG, toutes ces façons de parler de Gérard sont des Cartes représentant le Territoire de façon plus ou moins précise, comme nos cartes Michelin. C’est d’ailleurs pour cela qu’on ne doit pas dire : « La carte et le Territoire » mais « Une Carte et le Territoire », car s’il n’y a qu’un Territoire (dont on ne peut parler), il existe une infinité de cartes pour le représenter.

L’erreur que nous commettons tous, est de situer au même niveau d’abstraction, les mots et expressions qui désignent les choses et les idées, les choses elles-mêmes.  Les gens vivent et parlent tous de façon plus ou moins abstraite.
Les hommes (et femmes) politiques se situent au sommet de l’abstraction maintes fois, alors que mon garagiste quand il m’explique ce qui ne va pas dans mon auto, est très proche du territoire. J’ai cité un exemple qui m’a vraiment amusé dans mon livre publié chez Eyrolles, quand j’ai évoqué une phrase d’un discours de Martine Aubry, quand elle pensait se présenter à la Présidence de notre noble pays : « Avec moi la France va rencontrer la Démocratie ». Je vois bien là un tableau de la Renaissance représentant ces personnages.

Mais à proprement parler, cela ne veut rien dire. Le malheur est que la quasi totalité de nos contemporains pense comprendre de quoi elle parle.  Car nous parlons tous de façon abstraite la plupart du temps. On ne peut faire autrement si on traite de sujets abstraits, direz-vous ? Voire ! Ce n’est pas notre thèse : nous disons, nous pensons, et nous avons créé un écosystème dans lequel on peut penser, et  agir, sans le secours d’un vocabulaire abstrait, en restant au niveau des actes et des descriptions.

Nous appelons cela : le langage du réel ou le langage du Territoire. Tout en sachant que le Territoire, qui est la seule chose qui existe, nous ne pouvons pas en parler, car dès que nous en parlons nous créons une carte. C’est l’objet et le but du premier des 4 cours d’Analyse Relationnelle.

Que faisons-nous exactement ? Nous apprenons à nos stagiaires à transformer leurs phrases plus ou moins abstraites, en une description la plus précise possible ayant le même sens. Un exemple s’impose. Revenons à notre ami Gérard qui est toujours timide. Et transformons cette petite expression en des versions de plus en plus concrètes et précises. En faisant cela nous passons de la définition à la description. Etre timide est une définition, qui ne peut être exacte, à moins que Gérard soit timide tout le temps, avec tout le monde et depuis toujours ! Et que nous ayons précisé, au maximum aussi, ce que nous appelons ‘timide’, autrement dit que nous ayons délimité le périmètre des actes au-delà duquel il ne s’agit plus de timidité, mais d’autre chose. Possible mais difficile à réussir !

Mais nous apprenons d’abord à notre stagiaire débutant qu’on ne peut pas être timide tout seul en l’absence d’au moins une autre personne. On va donc lui demander de liste, selon lui, les personnes avec lesquelles Gérard est en relations, plus ou moins fréquentes.

Ensuite on va lui demander de nous donner au moins un ou deux exemples de situations concrètes dans lesquelles il a vue Gérard dans des comportements qu’il appelle ‘timides’. Déjà là : exit tout ce qu’il croit être sans l’avoir vu de ses propres yeux comme on dit.

Ensuite on va reprendre, une à une, toutes les phrases qu’il a émises pour décrire Gérard et lui demander de remplacer chaque mot ou expression encore abstrait par une description plus précise. Par la même occasion on va lui demander de rendre unique chacun de ses exemples, refusant des phrases du genre : « Quand il croise une jeune fille dans la rue… » en lui demandant comment il sait que c’est à chaque fois, et s’il y a des exceptions de nous les signaler…etc Jusqu’au moment où l’apprenant aura écrit des phrases pour désigner Gérard qui ne comportent plus de mots, ni d’expressions abstraites. 

On appelle cet exercice : les phrases-récits

J’imagine bien ici l’effarement de certains de mes lecteurs qui se disent : « Mais on ne peut plus vivre s’il faut ainsi tout décortiquer, et à quoi ça sert au final ? »

A quoi nous répondons toujours la même chose : « Pratiquer l’Analyse Relationnelle et adopter le langage du réel, est très utile, voire indispensable, chaque fois que la relation est une relation à enjeu, quand il faut faire attention à ce que l’on dit ou fait. Le reste du temps, continuez à faire comme maintenant, ne vous cassez pas la tête ».

En fait, ceux qui pratiquent bien cet exercice et quelques autres que nous verrons dans d’autres articles, ont tôt fait de s’apercevoir qu’il n’est pas besoin de réfléchir et que cela peut vite devenir une nouvelle habitude qui rend la précédente obsolète. Ce qui est certain est que cette façon de faire donne des moyens d’action nouveaux extraordinaires, aux pratiquants, au quotidien et dans toutes situations.

Pour en savoir plus :

– une vidéo de présentation de la Sémantique Générale et ayant été visionné plus de 25000 fois : https://www.youtube.com/watch?v=z-r7MeL4Tv0&t=3s

-le cours C6 et ses 12 leçons : C6 : L’Analyse Relationnelle et la Sémantique Générale – La Nouvelle Culture (nouvelle-culture.fr)
Rappelons que ce cours comme tous les autres est gratuit pour les membres du réseau Phoenix.

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